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Amande Haeghen, De la terre à la lumière

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Entre céramique et verre fondu, Amande Haeghen façonne des œuvres organiques nourries par ses souvenirs et son regard sur la nature. Dans son atelier lisboète, l'artiste française explore les possibilités de la matière, laissant au feu et à la lumière le soin d'en révéler les transformations.

À l'ouverture du four, Amande Haeghen ne sait jamais tout à fait ce qu'elle va découvrir. Le verre a parfois pris une couleur inattendue, formé des bulles ou dessiné des coulures qu'elle n'avait pas prévues. « C'est soit Halloween, soit Noël », plaisante-t-elle. Certaines pièces la déçoivent, d'autres la surprennent par des effets plus intéressants encore que ceux qu'elle avait imaginés. Malgré les années d'expérience, cette part d'inconnu reste l'un des aspects les plus fascinants de son travail. 

La terre, en revanche, lui est devenue familière. Depuis près de dix ans, elle la façonne à la main, en affine les épaisseurs, en reprend les contours et explore ses textures. Une manière de travailler instinctive pour cette artiste depuis toujours attirée par le volume, mais dont le parcours ne la destinait pas nécessairement à la céramique.

Amande grandit dans une famille où la création fait partie du quotidien. Son grand-père est peintre, sa mère également. Enfant, elle passe de longues heures à regarder cette dernière travailler dans son atelier, le soir, le week-end ou pendant les vacances. 

Après des études d'arts plastiques et d'histoire de l'art, elle s'oriente pourtant vers la production audiovisuelle. Pendant près de dix ans, elle accompagne de jeunes réalisateurs, produit des films publicitaires et des clips musicaux, les aide à préciser leurs idées et à affirmer leur univers. 

La naissance de son premier enfant marque un tournant. Elle souhaite désormais consacrer davantage de temps à ses propres projets et découvre la céramique. Dans un atelier partagé à Saint-Denis, elle apprend en autodidacte, au fil de ses lectures, de ses expérimentations et de ses erreurs. 

Quelques années plus tard, elle ouvre son propre atelier à Paris, où naissent ses premières sculptures murales et ses premiers luminaires. Une commande pour un restaurant lui offre l'occasion de voir ses créations prendre place hors de l'atelier.

C'est à cette époque qu'elle rencontre Chiara Colombini, venue découvrir ses premières pièces, ses matériaux et sa manière de travailler.

« J'étais alors au tout début de ma carrière, et elle fait partie des toutes premières personnes qui ont cru en mon travail. »

Près de dix ans plus tard, leur collaboration se poursuit. Amande évoque les encouragements de Chiara à imaginer de nouvelles pièces et à continuer d'expérimenter. Elle apprécie aussi de découvrir ses créations une fois installées dans des intérieurs différents. Au contact d'une architecture nouvelle, elles révèlent parfois des qualités qu'elle n'avait pas perçues dans son atelier.

Si la terre est devenue son moyen d'expression, c'est souvent dans les paysages que ses formes prennent naissance. Le bassin d'Arcachon, où elle a passé une partie de son enfance, occupe une place particulière dans son imaginaire. La dune du Pilat, le banc d'Arguin, les marées qui redessinent sans cesse les reliefs : autant d'images et de sensations qui continuent de nourrir son travail.

Grande observatrice, elle photographie ce qui l'entoure, souvent dans ses moindres détails. La surface d'une roche, la texture d'une mousse, le sable sculpté par le vent.

« Je dirais que mes créations naissent souvent de la rencontre entre une sensation et une image. »  

Ces images se mêlent aux souvenirs, se transforment et ressurgissent plus tard sous la forme d'une courbe, d'une texture ou d'une couleur. Dans la collection Mãe, « mère » en portugais, les paysages de dunes et de lagons se confondent avec les courbes du corps féminin. Le paysage n'est jamais reproduit littéralement. Il se transforme au fil du souvenir, jusqu'à devenir une forme nouvelle, parfois éloignée de son point de départ.

Le verre entre dans son travail presque par hasard, lors d'une visite chez son fournisseur de terre. Intriguée par des plaques aux textures et aux couleurs variées, Amande en achète quelques morceaux pour les associer à ses créations en céramique et en porcelaine. Elle conserve ensuite les chutes de découpe, qui s'accumulent peu à peu dans des caisses, sans savoir encore ce qu'elle en fera.

En 2020, elle commence à les faire fondre directement sur ses pièces en céramique. S'ouvre alors un nouveau champ d'expérimentation, entre mélanges de couleurs, réactions des matières et essais de cuisson. Selon la terre utilisée, la température et les associations de couleurs, le verre devient transparent, se cristallise ou se répand en coulures. 

Certaines recherches demandent une patience considérable. Il lui faut notamment près de deux ans pour obtenir les couleurs souhaitées sur les terres noires. D'autres découvertes naissent d'accidents heureux, comme ces bulles apparues pendant une cuisson et devenues une nouvelle possibilité de texture. Si elle connaît aujourd'hui assez précisément les réactions de la céramique, le verre continue de lui réserver des surprises.

Cette rencontre entre les deux matières prend une autre dimension lorsqu'elle travaille la lumière. 

Présent depuis ses premières créations, le luminaire n'est pas pour Amande une simple sculpture à laquelle on ajoute une source lumineuse. Dès le dessin, elle réfléchit à la manière dont la lumière traversera le verre, à son intensité et aux ombres qu'elle projettera sur les murs. 

« Ce qui me fascine, au-delà de l'objet lui-même, c'est la vie qu'il prend une fois allumé. »

Un verre turquoise froid peut ainsi prendre une nuance vert céladon lorsqu'il est éclairé. La lumière naturelle produit d'autres effets, faisant évoluer les couleurs et les projections au fil de la journée. Une même pièce offre alors plusieurs lectures, tantôt sculpture, tantôt luminaire, toujours en dialogue avec l'espace qui l'entoure.

Installée à Lisbonne depuis 2021, Amande retrouve sur les côtes portugaises les vastes plages atlantiques de son enfance. Les terres ocres, les falaises et la végétation viennent cependant enrichir sa palette de nouvelles nuances. Elle apprécie également un rythme de vie moins précipité, qui laisse davantage de place à l'observation et aux expérimentations.

C'est à Lisbonne qu'elle crée The House of Haeg, un atelier pensé comme un lieu de travail et de partage, où d'autres artistes peuvent venir créer, utiliser les fours et échanger leurs savoir-faire. 

Les voyages continuent eux aussi d'alimenter ses recherches. Lors d'un séjour en Islande, Amande découvre des paysages très éloignés de l'image sombre et presque monochrome qu'elle s'en faisait.

Les montagnes d'un vert intense, les glaciers turquoise et les plages de sable volcanique noir l'incitent à explorer des contrastes plus marqués, loin des camaïeux doux jusque-là présents dans son travail. Sur une plage, elle remarque les dessins formés par l'eau gelée sur le sable noir, leurs contours blanchis et leurs transparences. À sa grande surprise, ces motifs lui rappellent certaines textures obtenues dans ses fours. 

Elle retrouve ainsi dans la nature des formes qu'elle avait façonnées avant même de les avoir observées dans un paysage. De ce voyage naît notamment un grand panneau composé de vingt-quatre éléments, mesurant 2,40m x 1,50m. Une œuvre dont l'échelle et les couleurs marquent une nouvelle étape dans son parcours.

Ces compositions de plus grand format ouvrent de nouvelles perspectives.
Amande s'intéresse de plus en plus au dialogue entre ses œuvres et l'architecture, à la manière dont une sculpture occupe un mur, se découvre à distance, puis révèle dans le détail le grain de la terre et les variations du verre. Elle rêve aujourd'hui de réaliser un panneau de trois mètres sur deux, comme un grand tableau en céramique recouvert de verre fondu. Un projet qui nécessiterait de travailler des éléments plus grands que ne le permettent actuellement ses fours. 

D'autres matières éveillent également sa curiosité, notamment le bois, qu'elle aimerait apprendre à sculpter et à associer à la céramique. Au-delà de ces nouvelles ambitions, Amande tient surtout à laisser à chacun la liberté de regarder ses œuvres et d'y trouver ses propres sensations.

 « Je n'ai pas forcément envie d'imposer une émotion précise, mais plutôt de créer des pièces qui invitent à prendre le temps de regarder et de découvrir. »

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